Examens d’Etat au Congo :

Désordre et tricherie

A travers ses différents numéros déjà parus au cours de cette année 2003, notre mensuel, Munyaku wa nsona, s’est employé à analyser un sujet non moins important : Celui de la grandeur et la prédominance de l’homme dans toute société humaine.

L’homme, aux termes de cette analyse, est présenté comme la plus précieuse ressource d’un peuple. A cet effet, nous avons montré que la richesse d’une nation n’est pas dans l’importance et la multiplicité de ses avoirs, mais plutôt dans les capacités des personnes qui la composent.

Argent, grosses machines, gros avions, gratte–ciels et autres biens semblables n’ont qu’une valeur secondaire par rapport à l’homme, ces choses étant elles-mêmes à la fois résultat et objet de son travail. C’est l’homme qui construit des avions et les met en service. C’est lui qui frappe la monnaie et en détermine la valeur et l’usage en fonction de ses besoins. Par là, il faut entendre une chose : Que les biens, même les plus précieux, n’ont presque pas d’utilité dans une société des ignorants et des personnes mal bâties.

A ce sujet, notre revue, à travers ses différentes éditions évoquées plus haut, dénonce une des graves causes de la crise de personnalité, qui affecte l’homme et la femme dans la société congolaise actuelle. Poursuivant son analyse dans cette ligne, Munyaku a mis le cap sur un fait très regrettable, qui devient petit à petit, un phénomène de société et qui affecte le système éducatif congolais. Il s’agit des examens d’Etat au Congo et leur perte de signification dans la formation scolaire des enfants et des jeunes.

 

Examens, pour quoi faire ?

A notre sens, les examens dans le système éducatif, visent un objectif pédagogique précis : Celui de stimuler l’élève à l’effort permanent. Ils favorisent ainsi son application.

Les notes qu’on y attache permettent en outre d’apprécier le degré d’application de chaque élève pendant une période donnée de travail scolaire. En effet, ceux qui obtiennent de meilleurs résultats reçoivent des compliments mérités tandis que ceux qui ont moins bien travaillé se sentent un peu déconsidérés et en même temps appelés à un nouvel effort. En d’autres termes, les examens et autres contrôles des connaissances mettent, d’une certaine façon, l’élève dans l’expectative.

Ainsi, craignant l’échec, celui-ci peut alors s’astreindre au labeur et par là approfondir ses connaissances. Pour produire ces effets favorables, les examens doivent être passés dans un climat de rigueur et de loyauté, c’est à dire sans désordre ni tricherie. Mais au Congo, en est-il bien ainsi ?

 

Un secret de polichinelle

Les épreuves qui marquent la fin des cycles primaire et secondaire de l’enseignement au Congo comportent tous les aspects d’une farce très mal jouée. Leur insignifiance n’est un secret pour personne. De graves défauts imputables aux acteurs de l’éducation, à tous les niveaux, sont sans nombre. On va dans la suite pointer du doigt les méfaits ci-après :

-Les examinateurs mandatés par le pouvoir se montrent très avides du gain égoïste. A cause de cela, ils banalisent les épreuves en vendant les questionnaires aux élèves la veille de la session.

Ceci est devenu une habitude et se répète chaque année, au su et au vu de tous les responsables de l’éducation.

-Les chefs d’établissement scolaires encouragent ce forfait, dans lequel ils trouvent du reste leur compte. Ainsi ils collectent de l’argent auprès de leurs élèves et l’offrent ensuite aux mandataires de l’Etat afin de les amadouer.

-Les élèves eux-mêmes , sachant à l’avance qu’au moment des épreuves, ils ne manqueront pas de trouver des réponses prêtes, élaborées à leur intention par des tierces personnes, ils attendent leurs diplômes en toute passivité.

De fois, ces jeunes, à l’approche de la session des examens, font un semblant de travail de préparation, en se retirant dans un lieu qu’ils appellent « maquis » en leur jargon.

Ils sont encouragés à cette pratique par le fait que leurs prédécesseurs, qui ont suivi cette voie anodine, avaient tout de même déroché leur fruit, malgré leur manque d’application évident.

-Quant aux parents, ils ne sont pas non plus à mettre hors de cause. Les frais qu’ils payent pour leurs enfants sans le moindre suivi, constituent une prime au mal que nous déplorons.  En somme, tout le monde au Congo : L’Etat, l’Eglise, les parents, les élèves et tous les autres citoyens de ce pays portent, de l’une ou de l’autre manière, la responsabilité de cette pratique calamiteuse.

Au regard de tout ce qui précède, on peut se poser cette question : Les examens d’Etat au Congo sont-ils une affaire valable ou plutôt un jeu trompe l’œil de pure formalité ? Et si on accrédite la dernière assertion, on doit encore s’interroger qui, dans ce pays, à le droit de se jouer de l’avenir de nos enfants ?

En tout cas, nous tous, fils et filles de ce pays, sapons volontairement les bases de la société Congolaise à venir. Notre pays devient de plus en plus une nation sans valeur dans le sillage des peuples : C’est devenu le Congo des guerres, de la misère , de la famine et des gens mal vêtus et, qui pis est, désoriente ses propres enfants. En mettant chaque jour devant leurs yeux de mauvais exemples tels que : la corruption, l’avidité, l’égoïsme et l’escroquerie, nous pervertissons à dessein la société future.

Alors, pensons-y un peu, que sera notre pays d’ici cinquante ans, lorsque nous-mêmes qui l’avons fourvoyé ne serons plus dans ce monde ?

Cependant nos ancêtres nous préviennent à ce sujet en disant : « Qu’il vaut mieux prendre soins de jeunes palmiers plutôt que de vieilles plantes ». D’ailleurs, l’espoir d’une nation, ne réside-t-il pas dans ses jeunesses ?

A cet effet, nous, adultes et vieux, interdisons-nous totalement de briser les potentialités que possède notre nation. Ne laissons pas derrière nous une terre sans fécondité, comme un héritage maudit à notre postérité.

Toute vérité n’est pas bonne à dire, mais c’est tout de même une vérité.

 

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